C’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’amuser.
Chaque soir, une infirmière entrait discrètement dans ma chambre. Elle ne se pressait jamais. Elle ne me donnait jamais l’impression de la déranger. Elle s’asseyait près de mon lit et me donnait des nouvelles de mon bébé : ce que les médecins avaient dit, comment il respirait, s’il avait ouvert les yeux. Parfois, c’étaient de bonnes nouvelles, parfois non. Mais elle terminait toujours par ce même doux sourire, celui qui me faisait croire que demain était encore possible.
J’ai gardé ce sourire plus longtemps que je ne l’aurais cru.
Deux ans plus tard, un soir comme les autres, j’allumais la télévision pour regarder le journal de 22 h. Un peu distraite, un peu fatiguée. Soudain, j’ai crié.
La même femme. Le même regard calme. La même douce chaleur qui m’avait soutenue pendant les jours les plus terribles de ma vie.
Le reportage n’avait rien de dramatique. Pas de scandale. Pas de tragédie. C’était le portrait de héros locaux, des gens qui, discrètement, faisaient bien plus que ce que leur travail exigeait. La journaliste l'a présentée comme la coordinatrice d'un programme de bénévolat offrant un soutien continu aux parents de nouveau-nés en soins intensifs. D'une voix douce, elle a expliqué qu'aucun père ni aucune mère ne devrait se sentir seul dans une chambre d'hôpital, où la peur l'emporte sur l'espoir.
Réentendre sa voix, c'était comme ouvrir une porte dont j'ignorais l'existence.
La journaliste a également partagé autre chose.